Jean-Joseph Rabearivelo et Charles Maurras : Une belle relation entre Madagascar et le Maitre


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  • A première vue, il serait difficile d’imaginer une relation plus éloignée entre Jean-Joseph Rabearivelo, considéré comme l’une des grandes figures de la littérature malgache et Charles Maurras et son Action Française, monarchiste dans l’âme avec des positions plus que compliquées sur l’histoire tourmentée de la France au 20e siècle, mais le fait est Rabearivelo avait beaucoup de considération pour le Maitre.


    A première vue, il serait difficile d'imaginer une relation plus éloignée entre Jean-Joseph Rabearivelo, considéré comme l'une des grandes figures de la littérature malgache et Charles Maurras et son Action Française, monarchiste dans l'âme avec des positions plus que compliquées sur l'histoire tourmentée de la France au 20e siècle, mais le fait est Rabearivelo avait beaucoup de considération pour le Maitre.
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    Mes chers amis,

    C’est vraiment plus fort que moi, j’abandonne ayant trop longtemps en vain lutté. Cette lettre, si elle vous parvient, c’est donc mon faire-part mortuaire. Il n’y a aucune raison d’en pleurer, d’en être triste, et c’est avec sérénité que vais là-bas dans le Néant, dans la solitude. Adieu. dites au Maître toute l’humble amitié que lui aura vouée, toute sa vie, celui qui signe Jean Joseph Rabearivelo (Action française, September 20, 1937).

    C’est par ces mots dans sa lettre d’adieu que Rabearivelo rend hommage à Maurras, l’Action Française et d’autres personnalités françaises avant de se donner la mort par cyanure le 22 juin 1937 à l’âge de 36 ans. Dans le roman national malgache, Rabearivelo est dépeint comme une figure anti-coloniale et sa mort a été instrumentalisée par les indépendantistes de tout bord. Mais c’est oublier le fait que Rabearivelo, pendant une grande partie de sa vie, se sera dédié à la France et qu’il va trouver une résonance parfaite avec la décentralisation et le Fébrilige prôné par Maurras et Frédéric Mistral.

    Mistral, le plus grand poète de la Provence, partisan acharné du fédéralisme et ayant une détestation profonde pour l’esprit jacobin. Et Rabearivelo, que certains surnommeront plus tard le Mistral malgache ne tarira pas d’éloge sur le poète provencal :

    Croyez-m’en, l’harmonie de la Mère-Patrie ressort de sa diversité même : la personnalité du Breton ne se confond pas avec celle du Marseillais ; l’âme du Lillois difère de celle de l’Auvergnat ; la langue de Paris ne ressemble guère au patois du Languedoc… . Tenez, puisque nous en sommes à cette dernière province, un mouvement dont peut s’inspirer le nôtre, c’est celui qu’a inauguré l’auteur de Mireille [Mistral]. Nous pouvons nous réclamer des félibres. Le félibrige, en effet, part d’une idée pareille à la nôtre : les poètes provençaux et provinciaux s’animent de ce sentiment que la portion de terre où la Providence a voulu les placer dans l’ordre de l’existence et de la nature, doit ajouter un éclat nouveau, singulier, à la gloire du Tout national par l’apport de ses richesses profondes, unes et uniques. (Revue des jeunes de Madagascar, 2, 1935, 26)

    La décentralisation prônée par Maurras résonnait bien chez des penseurs comme Rabearivelo. Car cela permettait de s’approprier la culture française sans renier ses racines malgaches. Maurras lui-même dira de Rabearivelo que ce dernier est un français de coeur et d’esprit. Cependant, Rabearivelo avait des raisons bien personnelles de se sentir proche de Maurras et de l’Action Française. Il était le fils d’une lignée bourgeoise. Une caste dans la société malgache qu’on appelle les Hova qu’on pourrait assimiler à des roturiers. Nous avons les Andrianas qui sont les nobles de la royauté, les Hovas qui sont les bourgeois, les Maintys, qui sont les bourgeois cotiers et les Andevos qui sont les esclaves (le peuple dans sa majorité).

    Avec la colonisation française à partir de 1895 et l’arrivée de Gallieni, celui-ci va abolir l’esclavage (pratiqué joyeusement par la monarchie malgache) et la royauté malgache par la même occasion. N’oublions pas que la colonisation de Madagascar était motivé par la gauche française sous l’impulsion de Jules Ferry. Il fallait exporter les valeurs si belles de la Révolution française… Mais c’était pour le malheur de personnes comme Rabearivelo, car il s’est retrouvé dans la position si inconfortable du bourgeois déchu sans aucune source de revenu. Il va apprendre le français tout seul et se lancer dans la littérature. Et il sera apprécié par les grandes figures coloniales, notamment Léon Cayla.

    Comme Maurras est un monarchiste, Rabearivelo se sent connecté avec le Maitre, mais pas pour les mêmes raisons. Maurras estime que la monarchie héréditaire est la seule garantie que la France se perpétue à travers les siècles et que les différentes régions françaises soient gérés par leurs propres habitants. Un pouvoir monarchique qui s’occupe de l’essentiel, sans jamais dévier de sa route, mais qui fout la paix aux petites gens dans leur vie quotidienne. Sa critique de la République est qu’elle s’occupe de 1000 choses inutiles en négligeant l’essentiel comme la défense, la monnaie ou l’économie. Maurras n’avait aucun intérêt personnel en défendant la monarchie et il n’avait aucun grief personnel contre la République. Il le faisait pour une certaine idée de la France.

    Pour Rabearivelo, sa critique contre l’administration coloniale était surtout une lamentation de ses privilèges perdus. Ce qui illustre parfaitement le pouvoir qu’avaient les nobles et les bourgeois malgaches avant l’arrivée des britanniques et des français comme je l’explique dans mon livre.

    Et Rabearivelo se suicidera, non comme un signe de protestation suprême envers le pouvoir colonial, mais parce qu’on lui refusera un énième poste dans l’administration coloniale française. Et on le lui refuse non parce qu’on nie son talent littéral qui est exceptionnel, mais qu’il n’a pas les qualifications requises. C’est d’autant plus idiot que Rabearivelo était un membre de la Commission de l’Exposition Universelle. En bref, il n’a pas de diplomes. On voit aussi les carcans d’airan qui caractérisent l’administration française même aujourd’hui. Maurras lui-même en sera furieux, car il estimera que c’est une preuve de plus que la République ne sait pas reconnaitre ses fils légitimes. Sous l’égide d’un roi, Rabearivelo aurait été reconnu uniquement pour son talent et le fait qu’il vienne sans diplomes n’aurait eu aucune importance :

    Tout ce qui était venu d’occident à Rabearivelo lui a donc fait défaut… Une sage tutelle – celle de la Monarchie – eût aide ce talent à s’épanouir et ce poète à vivre. Avant de songer à créer une élite indigène elle lui aurait préparé les cadres indispensables… de tels exemples doivent servir de leçons (Action française, September 20, 1937)

    La relation entre Rabearivelo et l’Action Française de Maurras est fascinante à plus d’un titre. Et plus on plonge dans l’histoire de Madagascar et plus, on se rend compte que les intellectuels malgaches ont pris tout ce qui était possible pour tenter de se forger une identité et de créer une vraie nation. Les analyses de Marx et Hegel ont été largement utilisés pour comprendre et détricoter la mainmise de la monarchie malgache. L’analyse maoiste et celle de l’URSS ont permis d’avoir des révolutions socialistes et nationalistes.

    La question que je me pose est si les jeunes malgaches actuels s’imprègnent toujours de toutes ces théories politiques pour tenter de développer le pays ou qu’ils préfèrent passer leurs journées à regarder Netflix et à parler en long et en large de bêtises consuméristes sans jamais réfléchir sur le nationalisme et le souverainisme qui manque tant à leur pays.

    Madagascar : Entre crises perpétuelles et espoirs sans lendemain

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    Houssen Moshinaly

    Rédacteur web depuis 2009 et webmestre depuis 2011. Je suis également un blogueur dans la vulgarisation scientifique et la culture.

    Je m'intéresse à tous les sujets comme la politique, la culture, la géopolitique, l'économie ou la technologie. Toute information permettant d'éclairer mon esprit et donc, le vôtre, dans un monde obscur et à la dérive. Je suis l'auteur de deux livres "Le Basilic de Roko" et "Le Déclin".

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