Accueil Accueil du Forum de Houssenia Writing Afrique Mais pourquoi le Cameroun laisse sommeiller 9,3 milliards $ mis à sa disposition ?

Ce sujet a 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour par  Houssen Moshinaly, il y a 1 mois.

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    Houssen Moshinaly
    Admin bbPress

    C’est fou ! Autant d’aides au développement et elles restent dans le tiroir par manque de compétence des dirigeants au Cameroun sans oublier que les intérêts continuent d’augmenter. C’est ce type de dette qui peut mettre un pays à genoux si on ne fait pas attention.

    (Ecofin Hebdo) – Le volume des emprunts obtenus des bailleurs de fonds internationaux et nationaux par le gouvernement camerounais, et qui n’ont pas encore été décaissés à ce jour, a atteint la somme astronomique de 5142 milliards de francs Cfa (9,3 milliards $) au premier semestre 2017. Cette enveloppe improductive représente 3,5 fois l’enveloppe budgétaire destinée aux investissements publics du pays en 2017 (2,7 milliards $ )…

    Selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), le gérant de la dette publique camerounaise qui révèle ces statistiques dans sa dernière note de conjoncture sur l’endettement du Cameroun, ce paradoxe, pour un pays qui a autant besoin de liquidités, est la conséquence de deux faits majeurs :

    • Il s’agit d’abord de la non maturation de la plupart des projets devant être financés grâce à ces emprunts.
    • les officiels camerounais brillent par une méconnaissance des procédures de décaissement mises en place par les bailleurs de fonds, lesquelles procédures sont unaniment jugées complexes et disparates.

    2271 sleeping money

    9,3 milliards $ endormis.

    En plus des intérêts qui courrent inutilement sur ces emprunts, cette sous-consommation conduit au «renchérissement des financements mobilisés pour les projets, à travers l’accroissement des charges telles que les commissions de gestion payées pendant plus longtemps, ainsi que les commissions d’engagement plus élevées», dans la mesure où celles-ci sont «assises et proportionnelles aux montants des crédits non encore décaissés», soulignait Dieudonné Evou Mekou, ancien directeur général de la CAA, désormais Vice-gouverneur de la Beac. C’était dans une interview parue dans le Quotidien gouvernemental camerounais en septembre 2015. A cette époque, l’enveloppe globale des financements disponibles, mais non décaissés par l’Etat camerounais culminait à 2800 milliards de francs Cfa. Calculette en main, cette somme a presque doublé en 2 ans.

    Les financements de la  BID utilisés à seulement 4%

    Selon la même source, ces financements oisifs sont constitués à plus de 95% de prêts octroyés par des bailleurs de fonds internationaux : 8,8 milliards $ au total, contre 425 millions $ seulement pour les bailleurs de fonds nationaux. L’une des situations les plus «préoccupantes», selon le ministre camerounais de l’Economie, Louis Paul Motazé, est celle du groupe de la Banque islamique de développement (BID).

    2271 Louis Paul Motaze

    Le ministre camerounais de l’Economie, Louis Paul Motazé, juge la situation préoccupante.

    A en croire ce membre du gouvernement, sur un portefeuille de projets estimé à date à la bagatelle de 925 millions $, soit environ 555 milliards de francs Cfa, le Cameroun n’affiche qu’un taux de décaissement de 4%.

    Le taux des décaissements auprès de la Banque mondiale a officiellement atteint 23% en 2016, contre seulement 7,5% un an plus tôt. Mais, à l’observation, ces performances demeurent insignifiantes au regard du volume du portefeuille de projets revendiqué par cette institution financière au Cameroun, lequel portefeuille est officiellement estimé à 1,4 milliard de dollars, soit près de 840 milliards de francs Cfa.

    Au demeurant, à l’échelle africaine, cette sous-consommation des financements extérieurs n’est pas l’apanage du Cameroun. Au Benin, par exemple, l’on fait également face à cette problématique, avec des niveaux de décaissements toutefois plus importants que ceux du Cameroun. Dans une étude intitulée «analyse de la consommation des ressources extérieures au Bénin», conduite au sein de la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université d’Abomey-Calavi, il est révélé qu’au cours de la période 2006-2011, «le taux de décaissement moyen représente 57,20% des prévisions, tandis que ces décaissements rapportés aux demandes transmises représentent en moyenne 77,40% sur la même période. Les résultats de nos enquêtes ont révélé que cette contre-performance est due au non-respect des délais d’exécution prévus des projets et au long délai enregistré dans la satisfaction préalable du premier décaissement».

    En Côte d’Ivoire, les tirages sur emprunts-projets à fin mars 2017 s’élèvent à 77,6% pour les bailleurs de fonds multilatéraux.

    La situation est beaucoup plus reluisante en Côte d’Ivoire. Selon un rapport de la Direction de la dette publique et des dons du ministère de l’Economie et des Finances de la 2ème puissance économique de l’Afrique de l’Ouest (derrière le Nigeria), au premier trimestre 2017, «les tirages sur emprunts-projets à fin mars 2017 basés sur les avis de décaissement des bailleurs de fonds», s’élèvent à 77,6% pour les bailleurs de fonds multilatéraux, dont 69,2% pour la Banque mondiale de façon plus spécifique.

    L’endettement public représente 30,6% du PIB

    La CAA, avec le soutien financier et technique de la Banque mondiale, a mis en place un «manuel de procédures simplifiées des projets de l’Etat», ainsi qu’un «un système intégré de gestion des décaissements» (Siged). Elle espère ainsi contribuer  à résorber ce problème de sous-consommation des emprunts, qui entrave le développement de l’ensemble de l’économie locale, surtout dans un contexte marqué par la baisse des recettes publiques, l’entrée en vigueur des Accords de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne, ou encore l’augmentation des dépenses de sécurité à cause de la lutte contre la secte islamiste nigériane Boko Haram.

    Officiellement présenté aux potentiels utilisateurs le 3 septembre 2015 à Yaoundé, la capitale du pays, ce nouveau dispositif, croit savoir la Banque mondiale, permettra, sur le moyen terme, de «réduire les obstacles majeurs liés aux faibles taux de décaissements des fonds alloués dans le cadre de l’aide extérieure, pour la réalisation des projets d’investissement et de développement» au Cameroun. En attendant, en plus des coûts tels que les commissions d’engagement et de gestion, auxquelles sont assujettis ces financements, le Cameroun continue à payer des intérêts colossaux sur ces emprunts, sans même avoir commencé à les décaisser.

    En plus des coûts tels que les commissions d’engagement et de gestion, le Cameroun continue à payer des intérêts colossaux sur ces emprunts, sans même avoir commencé à les décaisser.

    Selon la CAA, l’endettement global du Cameroun auprès des différents bailleurs de fonds est évalué à 5464 milliards de francs Cfa à fin juin 2017, ce qui représente 30,6% du PIB du pays. La Chine est le premier partenaire financier bilatéral du Cameroun, avec un encours de 1375,9 milliards de francs Cfa au 30 juin dernier. Ce qui représente, apprend-on, «67,7% de la dette bilatérale, correspondant à 34,4% de l’encours de la dette extérieure». La France pointe en seconde position, avec un encours global d’appuis financiers de 542,9 milliards de francs Cfa (13,6% de la dette extérieure et 26,7% de la dette bilatérale), qui est essentiellement le fruit du Contrat désendettement développement (C2D), doté d’une enveloppe globale de 966 milliards de francs Cfa, et dont la 3ème et dernière phase (400 milliards de francs Cfa) est actuellement en cours d’implémentation.

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